Or donc j'ai acheté un disque, Black Orpheus Limited Edition Copy Control, et puis j'ai arrêté de jouer de la gratte un bon moment. Après quoi j'ai repris, et presque parfois en ayant l'impression de commencer.
En réalité, je suis un faux-fan de Keziah Jones. Les autres albums, vertigineux, un peu saturés de virtuosité, m'ont comment dire, gavé. Mais l'homme, qui se voit bien, sa modestie dût-elle en souffrir, dans la peau de l'Orphée Noir, souligne lui-même qu'il a arrêté de se la péter en écrivant les titres de Black Orpheus, de "vraies chansons", touchantes, simples.

Enfin simples, simples, n'allons pas si vite en besogne, simples de cette simplicité apparente : les mélodies qui s'accrochent, les tourneries de gratte... Mais le type aux manettes n'a pas fait une production simple.
Malgré cela (grâce à cela ? ô mixage et arrangements idéaux !), malgré cela donc, le son garde une fraîcheur, un naturel déconcertant. La technique de Keziah, son style sont eux aussi déconcertants, spécialement pour un guitariste ; en jouant et en essayant d'écrire des chansons, je me sens souvent à la fois moins virtuose... et moins naturel !

J'oublie l'essentiel. Dans cette édition limitée, le plus beau c'est qu'un disque fabuleux peut en cacher un autre, encore plus énormissime. Reprises (Dylan - All along the Watchtower, plutôt d'ailleurs clin d'oeil à la version d'Hendrix), vieux titres (Million Miles from home, Rhythm is love), chansons du premier scud...

Keziah s'asseoit sur un tabouret, prend sa Godin Multiac Nylon, hop le micro, et envoie. Déroule, claque, on a des crampes à sa place. C'est un ravissement quand la virtuosité (ici l'excellence rythmique) est au service de chansons pures, on vous délivre en trois ou quatre accords, tout s'évanouit à chaque écoute pour moi. Et j'arrête là le lyrisme, on ne me croirait pas.

Bmol s'il en fallait un, je trouve son site assez naze, je vous laisse donc simplement le plaisir de dégoter le dernier album. En revanche je propose ici, à recopier dans votre navigateur, un site qui ne paye pas de mine mais qui en termes de mine précisément, recèle de l'or : bootlegs, partoches, vidéos perdues, c'est le travail d'un passionné : http://caraque3.free.fr