L'empreinte de Thiéfaine
samedi 5 novembre 2005 par PéGé, dans Goûts et galettes - Lien permanent
billet précédent : Black Orpheus - Keziah Jones, rien que le nom ça claque !
Hier, Taratata, vent frais qui souffle sur France 4 ; et tourbillon dans le vent, un souffle incarné en la personne de Hubert-Félix Thiéfaine, venu présenter son dernier opus, Scandale Mélancolique.
Je n'avais pas revu le bonhomme depuis un concert à la Cigale il y a quelques années, et j'ai été saisi de le retrouver plus touchant encore avec le temps qui déroule ses chansons...
... invraisemblable petit garçon dont le Bonus Taratata laisse entrevoir les doutes, les tracs que l'équipe de l'émission doit apaiser avant le plateau. Un type roulé dans son cuir de rocker un peu démodé, la chevelure toute adolescente, un mec dont on a le sentiment qu'il ne doit jamais avoir ses habitudes nulle part, qu'il n'est chez lui qu'en lui - et encore. Pas tout à fait paumé, bien présent tout en étant comme le plus timide des invités de l'émission. Au cours de l'interview, sa façon de chercher les mots, pour toujours répondre juste et en profondeur, donne une petite idée du vertige que doit être pour lui l'écriture.
Plus encore que ses dernières chansons (superbe duo avec Cali sur Gynécée ; j'ai été moins embarqué par Confession d'un never been, dont la version en répétition semblait plus fragile mais plus assurée que celle interprétée dans le cadre de l'émission), c'est le bonhomme qui m'a ému, lui qui dit avoir volé son âme à un clown
.
L'aperçu fugitif de ce que peuvent être sa vie intérieure et sa vie de poète nous assure au moins d'une chose : ce type-là ne connaît pas l'Ennui. C'est tout simplement impossible.
Etonnante et paradoxale fragilité. Cali, ému lui aussi, avoue se sentir protégé
par Thiéfaine, abrité sous une aile qui bat sans doute d'une folie de la scène très voisine, même si tous les deux la vivent différemment. Drôle de protecteur, qu'on voit en cours de répétition rassuré par Cali, lequel semble plus ferme dans le moment qui précède la scène - Thiéfaine n'a pas l'air de savoir sur quel pied danser dès que la chanson s'arrête, ou avant qu'elle ne commence. Il faut pourtant le voir s'enraciner dès qu'il chante, indissociable du plateau.
C'est curieux de le revoir. Je m'inspirais beaucoup de sa façon d'écrire il y a une dizaine d'années, c'est peut-être d'ailleurs le seul auteur qui m'ait tant influencé pour les chansons. Je crois que cela a disparu de mes textes, enfin, la matière, parce que j'aime toujours me laisser saisir par le même courant de folie que lui. Mais s'il y a bien quelque chose que je lui envie, qui me fascine, c'est son regard, sa présence - alors qu'il a l'air de s'adresser au peuple de son monde intérieur tout autant qu'à nous. J'aimerais bien prendre un peu de ça.
Cali dit plus loin qu'on ne sait pas d'où il vient. Et c'est vrai, au moment de passer à d'autres artistes, ou à la clôture de l'émission, on se demande bien où il s'en retourne, avec son air enfant étrangement grandi, ce mélange de sourire de gosse et de gravité. Bien que le réalisateur de Taratata ait le bon goût de ne pas abuser de ce genre d'effet, Thiéfaine laisse dans son sillage une impression d'image au ralenti, comme si les caméras, ou nous-mêmes, avions l'espace d'un instant oublié le passage et la pesanteur du temps.
Commentaires
#1 - Le dimanche 6 novembre 2005 à 00:03, par Le Yawp
#2 - Le dimanche 6 novembre 2005 à 09:58, par PG
#3 - Le dimanche 6 novembre 2005 à 10:01, par PG
#4 - Le lundi 7 novembre 2005 à 20:49, par Le Yawp
#5 - Le jeudi 10 mai 2007 à 16:25, par Philippe
#6 - Le lundi 14 mai 2007 à 10:58, par PéGé
#7 - Le jeudi 10 janvier 2008 à 20:51, par Foxy
#8 - Le vendredi 11 janvier 2008 à 09:18, par PéGé
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